Un kinésithérapeute commande un casque de réalité virtuelle thérapeutique pour son cabinet, reçoit une facture, et se demande ce que son patient devra réellement débourser. La réponse dépend moins du prix du matériel que du cadre réglementaire qui entoure le remboursement des dispositifs médicaux numériques en France, un cadre en pleine mutation.
Forfait PECAN pour la VR thérapeutique : ce que l’Assurance maladie accepte de payer
La plupart des casques VR utilisés en rééducation ou en gestion de la douleur ne sont pas encore remboursés en droit commun. Pour qu’un dispositif accède au remboursement, il doit passer par la prise en charge anticipée numérique (PECAN), un mécanisme créé pour les dispositifs médicaux numériques à visée thérapeutique.
L’arrêté du 22 avril 2024 fixe les montants de ce forfait :
- 435 € TTC pour les trois premiers mois, facturés en une seule fois à l’initiation du traitement.
- 38,30 € TTC par mois à partir du quatrième mois de prise en charge.
- Un plafond annuel de 780 € TTC par patient, au-delà duquel l’Assurance maladie ne finance plus rien pour l’année en cours.
Ces montants correspondent au tarif remboursable, pas à ce que le patient paie. La différence entre ce forfait et le coût réel du dispositif reste à la charge du praticien ou de la structure, sauf facturation complémentaire autorisée.

Ticket modérateur sur les dispositifs numériques : la hausse prévue en 2027
On touche ici au point que les patients ne voient pas venir. Un décret publié le 21 août 2026 modifie le taux de participation de l’assuré pour les dispositifs médicaux numériques à visée thérapeutique et de télésurveillance. Le ticket modérateur passera d’environ 35-45 % à 50-60 % du tarif remboursable à compter du 1er janvier 2027.
Concrètement, sur un forfait PECAN de 780 € annuels, la part restant à la charge du patient (ou de sa complémentaire) pourrait grimper de quelques centaines d’euros par an. Pour un patient sans mutuelle, l’impact sera direct sur le portefeuille.
Ce que la complémentaire santé prend en charge
La majorité des mutuelles couvrent le ticket modérateur sur les dispositifs médicaux. Avec la hausse de 2027, la complémentaire absorbera une part plus importante du coût, ce qui pourrait se répercuter sur les cotisations. Les contrats responsables sont tenus de couvrir le ticket modérateur, mais les dépassements éventuels ne sont pas garantis.
On recommande de vérifier les conditions du contrat avant de démarrer une thérapie VR. Certaines mutuelles classent ces dispositifs dans la catégorie « appareillage médical » avec des plafonds spécifiques, d’autres ne les distinguent pas encore des dispositifs médicaux classiques.
Prix d’achat du casque VR thérapeutique : ce que paie le professionnel, pas le patient
Il faut distinguer deux circuits. Le patient ne paie généralement pas le casque lui-même. Le matériel est acquis par le cabinet, la clinique ou l’EHPAD. Le coût pour le professionnel varie considérablement selon qu’il s’agit d’un dispositif médical marqué CE ou d’un casque grand public détourné à usage clinique.
Les solutions spécialisées (abonnement logiciel + matériel) fonctionnent souvent en location mensuelle ou en forfait annuel. Les retours varient sur ce point : certains praticiens rapportent un coût global annuel comparable au prix d’un équipement de rééducation classique, d’autres trouvent la facture élevée pour un usage occasionnel.
Ce qui est facturé au patient en pratique
Le patient ne reçoit pas de facture pour le casque. Ce qu’il paie, c’est l’acte de soin dans lequel la VR est intégrée. Deux scénarios :
- La séance de kinésithérapie ou de rééducation est cotée normalement, et la VR est un outil utilisé pendant l’acte. Le patient paie son ticket modérateur habituel sur l’acte, pas sur le dispositif.
- Le dispositif numérique est prescrit en tant que tel (via PECAN ou un éventuel remboursement de droit commun futur), et le patient paie le ticket modérateur sur le forfait numérique.
Dans le premier cas, le surcoût pour le patient est nul. Dans le second, le reste à charge dépend du taux de ticket modérateur applicable et du niveau de couverture de la mutuelle.

Remboursement VR thérapeutique en droit commun : où en est-on réellement ?
Aucun casque de réalité virtuelle thérapeutique ne bénéficie aujourd’hui d’un remboursement en droit commun par l’Assurance maladie en France. Le parcours PECAN reste la seule voie d’accès au financement public pour ces dispositifs numériques, et il est temporaire par nature (durée limitée pour évaluation).
Pour qu’un dispositif VR accède au remboursement pérenne, il doit démontrer un bénéfice clinique suffisant via des essais contrôlés, puis obtenir une inscription sur la liste des produits et prestations remboursables (LPPR). Ce processus prend plusieurs années.
La distinction dispositif médical marqué CE et casque grand public
Un casque grand public (type Meta Quest) utilisé avec un logiciel médical n’est pas un dispositif médical en soi. Seul le logiciel peut être qualifié de dispositif médical numérique et prétendre à un remboursement. Le casque reste du matériel informatique standard, non pris en charge.
Cette distinction a un impact direct : si le fabricant du logiciel obtient une prise en charge PECAN, le forfait couvre l’accès au programme thérapeutique, pas le matériel. Le professionnel finance le casque sur ses propres fonds ou l’intègre dans ses charges d’exploitation.
Reste à charge réel du patient : synthèse par situation
| Situation | Ce que paie le patient |
|---|---|
| VR intégrée à une séance de kiné classique | Ticket modérateur sur l’acte de kiné (rien de plus) |
| Dispositif numérique prescrit via PECAN, avec mutuelle | Ticket modérateur couvert par la complémentaire (reste à charge faible ou nul) |
| Dispositif numérique prescrit via PECAN, sans mutuelle | 35 à 45 % du forfait (jusqu’à 50-60 % à partir de 2027) |
| VR hors parcours remboursé (bien-être, relaxation) | Totalité du coût de la séance, aucun remboursement |
Le patient qui bénéficie d’une thérapie VR dans le cadre d’un acte de rééducation remboursé ne paie rien de plus que d’habitude. Celui qui accède à un dispositif numérique via PECAN avec une bonne mutuelle s’en sort avec un reste à charge minime. Le vrai risque financier concerne les patients sans complémentaire après la hausse du ticket modérateur de 2027, où la facture pourrait représenter plus de la moitié du forfait annuel.